L’écrivain québécois d’origine haïtienne Thélyson Orélien, à Paris, le 8 septembre 2026 – © Photo : JOEL SAGET/AFP
Thélyson Orélien au coeur d’une polémique autour de l’intelligence artificielle
Le premier roman de l’écrivain québécois d’origine haïtienne, « C’était ça ou mourir », est au centre d’une controverse depuis plusieurs jours. Accusé sur les réseaux sociaux d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire son livre, Thélyson Orélien nie ces allégations, tandis que ses éditeurs lui apportent leur soutien.
Quelques heures après avoir remporté le Prix du Roman Fnac 2026, Thélyson Orélien s’est retrouvé au cœur d’une polémique qui dépasse désormais le cercle littéraire. Son premier roman, « C’était ça ou mourir », publié en France chez Grasset le 19 août 2026, fait l’objet d’accusations selon lesquelles une partie importante du texte aurait été produite à l’aide d’une intelligence artificielle.
À l’origine de la controverse, un compte anonyme sur le réseau social X, baptisé « Balance ton Claude ». Celui-ci affirme avoir soumis plusieurs passages du roman à un outil conçu pour détecter des textes susceptibles d’avoir été générés par une intelligence artificielle. Les résultats publiés par le compte ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, alimentant les interrogations autour du livre.
Avez-vous entendu parler de ce roman ? C’est le « phénomène de la rentrée littéraire ». Il est lauréat du Prix Fnac, du Prix Méduse, du Prix Première Plume, fortement pressenti pour le Prix Renaudot, et il est en lice pour les prix Goncourt, Femina, Médicis et Décembre. Ah oui,… pic.twitter.com/9evcXrPyFD
— Balance ton Claude (@Pangramed) September 21, 2026
Le Monde a ensuite réalisé son propre test en soumettant plus de la moitié du roman à Pangram. Selon les résultats obtenus par le journal, plus de 95 % du texte auraient été identifiés comme ayant été produits par une IA, avec un niveau de confiance présenté comme élevé. Ce résultat constitue un élément de la polémique, mais ne permet pas, à lui seul, d’établir que l’auteur a effectivement utilisé une intelligence artificielle pour écrire son roman.
La fiabilité des détecteurs d’IA constitue justement l’un des points centraux du débat. Ces outils analysent les caractéristiques statistiques et stylistiques d’un texte, mais leurs résultats ne constituent pas une preuve directe du processus de rédaction d’un auteur. L’utilisation de ces systèmes soulève notamment des questions lorsqu’il s’agit de textes littéraires, de langues différentes de celles sur lesquelles les modèles ont été principalement entraînés ou d’écritures présentant des caractéristiques particulières.
Mon 2 gouden pour m’insérer dans cette conversation sur Thélyson, Pangram et gen-IA.
Je n’ai pas du tout de doute sur le fait que Thélyson Orélien n’ait ni plagié ni utilisé un service d’intelligence artificielle générative pour écrire son oeuvre. Moi j’ai un autre problème qui… https://t.co/ZiP41R9gU2
— Chrismy is tired. (@LikeChrisss) September 23, 2026
De son côté, Thélyson Orélien rejette catégoriquement les accusations. L’écrivain, né en Haïti et installé au Québec depuis 2010, affirme ne pas avoir eu recours à une intelligence artificielle pour rédiger son roman. Son parcours littéraire ne commence d’ailleurs pas avec C’était ça ou mourir : il avait déjà publié de la poésie avant ce premier roman.
Grasset a également défendu son auteur. La maison d’édition française affirme s’opposer fermement aux affirmations selon lesquelles le livre aurait été écrit ou nourri par une IA. De son côté, l’éditeur québécois Boréal, qui a publié le roman au Canada avant son arrivée en France, indique avoir pris connaissance des accusations tout en maintenant sa confiance envers le travail de l’écrivain.
En appui à Thélyson Orélien, et surtout pour rappeler qu’un écrivain mérite mieux qu’un verdict lancé anonymement sur les réseaux sociaux, pourquoi ne pas poser un geste simple : acheter un exemplaire de C’était ça ou mourir.
Lire le livre, se faire sa propre opinion, soutenir… pic.twitter.com/i14s1JWbfR— Bruno Guglielminetti | Mon Carnet (@Guglielminetti) September 22, 2026
Cette controverse intervient alors que « C’était ça ou mourir » connaît un succès important. Le roman, qui raconte le parcours de Jonas Dorléon, un professeur haïtien contraint de quitter son pays et engagé dans un long parcours migratoire à travers les Amériques, s’est vendu à 35 000 exemplaires en cinq semaines selon Le Monde. Il figure également dans plusieurs sélections de prix littéraires de la rentrée et a remporté le Prix du Roman Fnac 2026.
Au-delà du cas de Thélyson Orélien, l’affaire pose une question plus large au monde littéraire : comment déterminer avec certitude si un texte a été produit par un humain, par une IA ou avec l’assistance d’un outil d’intelligence artificielle ? Dans le cas présent, les résultats des détecteurs alimentent les soupçons, mais les éléments publics disponibles ne permettent pas encore d’établir de manière indépendante que « C’était ça ou mourir » a été écrit par une intelligence artificielle.
Pour l’heure, le débat reste donc ouvert. Entre les résultats des outils de détection, les explications attendues de l’auteur et de ses éditeurs et les limites reconnues de ces technologies, la question de l’origine exacte du texte demeure au centre de la polémique.

