MUPANAH fermé le 14 août : quand la mémoire nationale prend congé ?

MUPANAH fermé le 14 août : quand la mémoire nationale prend congé ?

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Le Musée du Panthéon National Haïtien (MUPANAH) gardera ses portes fermées ce vendredi 14 août 2026, à l’occasion du Jour du “Bwa Kayiman (Bois-Caïman)” et de l’Union pour la Liberté. Dans un avis publié sur ses réseaux sociaux, l’institution explique que cette fermeture est conforme au décret du 11 décembre 2024 déterminant les fêtes légales en Haïti. Le musée annonce toutefois la reprise de ses activités le lundi 17 août.

Sur le plan administratif, la décision ne surprend pas. Depuis le décret de décembre 2024, le 14 août est officiellement reconnu comme jour férié, sous l’appellation « Jour du Bois-Caïman et de l’Union pour la Liberté ». Cette nouvelle disposition entend notamment inscrire davantage certaines grandes dates de l’histoire nationale dans la mémoire collective.

Mais la fermeture du MUPANAH ce jour précis soulève une question qui dépasse le simple respect du calendrier : comment faire vivre la mémoire nationale si l’un de ses principaux lieux de mémoire ferme justement au moment où le pays est invité à la célébrer ?

Le paradoxe mérite d’être posé

Le MUPANAH n’est pas un établissement culturel ordinaire. Sa mission est intimement liée à la conservation et à la transmission de l’histoire d’Haïti. Le 14 août, qui renvoie à la cérémonie du Bois-Caïman et à l’idée d’union autour de la liberté, aurait pu constituer une occasion particulière d’accueillir des visiteurs, notamment des jeunes, des familles malgré la situation sécuritaire actuelle, et des personnes souhaitant mieux comprendre l’histoire qui a conduit à la Révolution haïtienne.

“Festival Bwa Kayiman” : la JERH transforme la mémoire historique en rendez-vous culturel le 14 août

Certes, il serait difficile de reprocher au musée d’appliquer un décret qui établit officiellement cette journée comme fériée. Le gouvernement lui-même avait présenté, en 2025, le 14 août comme une journée destinée à renforcer la mémoire collective et l’identité nationale, avec des activités culturelles annoncées dans différentes régions du pays.

Mais c’est justement là que se trouve le véritable enjeu : un jour férié historique ne devrait pas seulement être un jour où les institutions ferment. Il devrait aussi être un jour où la société ouvre davantage ses portes à son histoire.

Le choix de maintenir fermés les lieux culturels peut donc apparaître comme une occasion manquée. Le calendrier aurait pu encourager les institutions patrimoniales à imaginer des modalités particulières pour ces journées : ouvertures exceptionnelles, visites guidées, conférences, projections, expositions temporaires ou activités destinées aux enfants et aux jeunes.

D’autant plus que la valorisation du patrimoine haïtien demeure confrontée à de nombreuses difficultés. Le Bureau National d’Ethnologie a récemment alerté sur la situation préoccupante du site de Bois-Caïman, notamment face aux problèmes d’occupation et de préservation de certains espaces liés à cette mémoire historique.

Le problème n’est donc pas la fermeture du MUPANAH en elle-même. Le problème serait de considérer la commémoration comme une simple journée chômée plutôt que comme une occasion de transmettre.

Faire du 14 août une fête légale était une décision symbolique importante. Mais une politique de mémoire ne peut pas s’arrêter à la publication d’un décret. Elle doit se traduire par des espaces accessibles, des contenus pédagogiques, des activités culturelles et une véritable stratégie de transmission.

Le MUPANAH accueillera de nouveau le public le lundi 17 août. Entre-temps, le 14 août 2026 passera sans doute comme une nouvelle journée de commémoration nationale. Reste une question essentielle : voulons-nous seulement nous souvenir de notre histoire, ou voulons-nous réellement la faire connaître ?

Car pour un pays dont l’histoire constitue l’un des principaux patrimoines, fermer les portes d’un musée le jour où la nation célèbre l’un des épisodes fondateurs de sa quête de liberté peut sembler, au minimum, comme une occasion manquée de transformer la mémoire en expérience vivante.

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Oggi Regis

Fondateur & PDG de Bèlide Magazine | Brand Designer

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