Le football haïtien : talents, structures et perspectives
Depuis environs six ans, le football haïtien confronte une grave crise d’insécurité qui a paralysé tout l’écosystème, aussi bien au niveau des clubs que des sélections. Néanmoins, cette même période a coïncidé avec l’une des meilleures périodes de l’histoire de nos sélections nationales. Analyser notre sport roi sur ces dernières années comporte donc beaucoup de pièges à éviter.
En mai 2021, ce qui devait arriver arriva : le championnat haïtien de première division est mis à l’arrêt à cause de l’insécurité qui sévit principalement dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Face à cette crise, entraîneurs et joueurs ne savent plus vers qui se tourner, mais ont l’espoir que la situation ne va pas durer. Ils étaient dans l’erreur.
Cette même période coïncide avec le dernier match joué par la sélection haïtienne en Haïti, soit le 12 juin 2021 face au Canada. Depuis lors, aucune rencontre de nos sélections nationales n’a été disputée sur le sol dessalinien, les activités des groupes armés bloquent tout.
À la lumière de ce qui a été écrit en haut, c’est un tableau très sombre auquel on a droit, alors que dans la réalité, cette même période a vu Haïti écrire certaines des plus belles pages de son histoire footballistique ; là est le paradoxe.
Un état des lieux
Pendant que les bandits commettent leurs exactions ici, le monde continue à tourner, et ce sont les joueurs haïtiens évoluant majoritairement à l’étranger qui entretiennent le rêve de voir le bicolore national briller sur la scène mondiale. Ça a commencé avec la sélection féminine, qui, portée par Melchie Dumornay, Batcheba Louis et Nérilia Mondésir notamment, a arraché une première qualification histoire pour une Coupe du monde féminine, celle de 2023.
Dans les catégories de jeunes, les U-17 se sont qualifiés pour les Coupe du monde 2025 et 2026 de leur catégorie. Les U-14 ont facilement remporté la CFU Challenges Series U-14 en 2026, sans compter une participation des U-15 à la toute première édition du Festival Mondial Masculin, compétition qui réunira un total de 191 sélections.
Surtout, comment ne pas mentionner la qualification et la participation de la sélection masculine au Mondial 2026 cet été ? Tout un pays a vibré au rythme du ballon rond, et toute une génération de fans a connu la fierté de voir leurs compatriotes briller dans le sport qu’ils aiment tant.
Encore présentement, il y a aussi matière à être content : Melchie Dumornay termine à la 4e place parmi les 30 candidates au Ballon d’or féminin 2026, après avoir été nominée une deuxième année de suite, la native de Mirebalais est la double détentrice de la distinction “meilleure joueuse de l’année de la CONCACAF”, la sélection féminine a atteint la dernière phase des éliminatoires du Mondial 2027 et les Grenadiers se sont qualifiés pour le second tour de la Ligue A en Ligue des Nations, une grande première dans leur histoire.
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Au niveau de club, le championnat national a repris des droits, la D1 Paryaj Lakay va entamer sa deuxième édition et le Violette Athletic Club est en demi-finales du Caribbean Cup à l’heure où ces lignes sont écrites.
Pourtant, malgré toutes ces bonnes nouvelles, le football haïtien est toujours en crise.
Défis et perspectives
Le principal défi est l’insécurité, car jusqu’ici les déplacements sont limités, nos sélections nationales ne peuvent plus recevoir leurs matchs à la maison et nos clubs sont en très grande difficulté aux niveaux financier et logistique.
Il est nécessaire de saluer les efforts de la Ligue Haïtienne de Football dans la restructuration du football national, même s’il en faut beaucoup plus pour tout remettre en ordre. Des soucis liés aux infrastructures sportives persistent, tout comme un manque flagrant dans la formation des jeunes.
Régler la question de l’insécurité est primordiale, vient ensuite la construction d’infrastructures destinées à former des talents et à organiser des compétitions, surtout des compétitions de jeunes, ceci de manière régulière. Cependant, il est important de souligner que, selon un communiqué publié par le ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique (MJSAC), ledit ministère dirigé par Pythagore Dumas, étudie la possibilité de construire un stade de football moderne répondant aux normes de la FIFA au Parc Larco, aux Cayes. À la suite d’une deuxième visite d’inspection effectuée justement le 10 octobre 2026, les autorités prévoient de réaliser une étude de faisabilité afin d’évaluer le projet, qui permettrait notamment aux sélections nationales haïtiennes, les Grenadiers et les Grenadières, de disputer leurs matchs à domicile en Haïti. Toutefois, la réalisation de ce projet dépendra des conclusions des experts et de la résolution du conflit foncier qui bloque le fonctionnement du parc depuis plus de dix ans.
En d’autres termes, comme l’a fait la République dominicaine lors des dernières années, il est nécessaire qu’il y ait un plan global pour le développement du football haïtien, dans l’idée de permettre à plus de joueurs d’éclore.
Ce n’est qu’en réglant les problèmes l’un après l’autre que le sport globalement et le football en particulier pourront s’épanouir en Haïti.

