Gessica Généus, avec « Marie-Madeleine », raconte une Haïti entre foi, violence et liberté

Géssica Généus dans “28 Minutes” sur Arte – © Arte

Gessica Généus, avec « Marie-Madeleine », raconte une Haïti entre foi, violence et liberté

Digiqole Ad

Récompensé dans plusieurs festivals internationaux, le deuxième long-métrage de fiction de la réalisatrice et actrice haïtienne Gessica Généus poursuit son parcours à l’international. À l’occasion de son passage sur le plateau de l’émission 28 minutes d’ARTE, la cinéaste est revenue sur les inspirations de cette œuvre, qui explore les contradictions de la société haïtienne entre croyances religieuses, précarité, violence et quête de liberté. Le film est sorti dans les salles françaises le 21 octobre 2026.

Dans “Marie-Madeleine”, Gessica Généus plonge les aimants du cinéma au cœur de Jacmel, où se croisent les églises, les croyances populaires et les réalités sociales. Le film suit Marie-Madeleine, une travailleuse du sexe confrontée à ses propres contradictions, dont le parcours rencontre celui de Joseph, un jeune homme engagé dans une communauté évangélique. Entre ces deux personnages que tout semble opposer, la réalisatrice explore les tensions entre la foi, le désir, la morale et l’aspiration à une existence libre. Présenté dans la section Cannes Première du Festival de Cannes 2026, le long-métrage porte un regard nuancé sur son pays natal.

Invitée sur le plateau de 28 minutes d’ARTE, Gessica Généus a notamment expliqué le choix des prénoms bibliques de ses personnages, à savoir “Marie-Madeleine” et “Joseph”. Elle y voit une manière d’évoquer l’importance de la religion en Haïti, où protestantisme et catholicisme cohabitent dans un contexte qu’elle décrit comme traversé par de profondes contradictions. Pour la cinéaste, cette présence religieuse s’explique aussi par les défaillances de l’État. Lorsque les institutions ne parviennent plus à répondre aux besoins de la population, la religion peut devenir un refuge, en offrant des réponses et une forme d’espérance à celles et ceux qui cherchent des raisons de continuer à avancer.

« Marie Madeleine » de Gessica Généus dévoile sa bande-annonce, avant sa sortie en salles

La représentation de la prostitution constitue un autre axe essentiel du film. Loin de se limiter aux préjugés associés au travail du sexe, Gessica Généus a voulu donner une place à des femmes dont la réalité est souvent ignorée ou réduite au jugement social. Elle s’appuie notamment sur une expérience de terrain acquise pendant une dizaine d’années, au cours desquelles elle a participé à des campagnes de sensibilisation dans des bordels, en collaboration avec des associations. Cette proximité lui a permis de mieux comprendre les réalités de ces femmes et de nourrir son approche cinématographique. Dans “Marie-Madeleine”, une partie des femmes présentes dans les scènes du bordel sont d’ailleurs des travailleuses du sexe, renforçant l’ancrage du récit dans des expériences concrètes.

La question de la violence occupe également une place importante dans l’œuvre. Interrogée sur une scène dans laquelle un homme est brûlé par une foule après avoir été accusé d’être un loup-garou, la réalisatrice l’a reliée à la faillite de l’État de droit et à l’émergence d’une justice populaire. Pour elle, cette séquence ne vise pas à présenter les Haïtiens comme un peuple à part, mais à montrer ce qui peut arriver lorsque la violence n’est plus contenue par des institutions capables de faire respecter la loi. À travers cette situation extrême, le film interroge les conséquences du vide institutionnel et les mécanismes sociaux qui favorisent de tels débordements.

À lire aussi : Edwidge Danticat parmi les finalistes du National Book Award 2026 avec “Dèy”

Malgré les difficultés sécuritaires et économiques auxquelles Haïti est confrontée, Gessica Généus a tenu à tourner son film dans son pays. Le tournage, réalisé à Jacmel, a mobilisé environ 80 personnes, sur place, pendant deux mois. Pour la cinéaste, cette démarche représente également une contribution à l’économie locale, grâce aux emplois et aux activités générés par la production. Elle défend ainsi la nécessité de continuer à créer en Haïti, estimant que le pays ne peut pas être remplacé par un autre territoire de la Caraïbe lorsqu’il s’agit de raconter son histoire et ses réalités.

Au-delà des difficultés, la réalisatrice revendique enfin une représentation plus complète de son pays. Si elle ne cherche pas à nier la violence, l’instabilité ni l’exode de nombreux Haïtiens, elle souhaite aussi révéler la vitalité qui traverse la société. À travers son personnage principal, à la fois fragile, autodestructeur et profondément énergique, elle donne à voir cette capacité à créer, à aimer, à peindre, à faire de la musique et de la poésie malgré les circonstances. “Marie-Madeleine” se présente ainsi comme un regard sur une Haïti qui souffre, mais qui continue de chercher des espaces de liberté et d’expression.

Cette vision est déjà saluée par plusieurs rendez-vous cinématographiques internationaux. Le film a notamment remporté le Grand Prix du jury au Festival du film romantique de Cabourg, le Grand Prix du jury au festival De l’écrit à l’écran de Montélimar, ainsi que le Grand Prix du jury et le Prix du jury lycéen au Festival des Cinq Continents. Il a également reçu le Prix Villa Médicis du meilleur film à Rome, le Prix spécial du jury au festival Effervescence de Macon et le Prix de la meilleure image au Festival international du film francophone de Namur. Ces distinctions confirment l’accueil favorable réservé à cette œuvre, qui porte sur la scène internationale un récit profondément enraciné dans les réalités haïtiennes.

Avec “Marie-Madeleine”, Gessica Généus ne cherche donc pas seulement à montrer les fractures de son pays. Elle entend en restituer la complexité, en faisant coexister les blessures, les croyances, les contradictions et cette énergie humaine qui, selon elle, demeure essentielle à Haïti.

Digiqole Ad

Oggi Regis

Fondateur & PDG de Bèlide Magazine | Brand Designer

Related post

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *