Mois de l’histoire des Noirs : mémoire, justice et héritage universel
Chaque année, le Mois de l’histoire des Noirs s’impose comme un temps de mémoire, de vérité et de responsabilité collective. Il ne s’agit pas seulement de célébrer des figures ou des cultures, mais de rétablir une histoire longtemps marginalisée, de reconnaître des luttes fondatrices et d’affirmer une exigence universelle de dignité, d’égalité et de justice. De l’Afrique aux Amériques, de l’Europe aux Caraïbes, et particulièrement en Haïti, ce mois rappelle que l’histoire des peuples noirs est au cœur de l’histoire du monde.
Le Mois de l’histoire des Noirs trouve son origine en 1926 aux États-Unis, lorsque l’historien Carter G. Woodson initia la « Negro History Week » afin de corriger l’effacement systématique des contributions noires dans les récits officiels. En 1976, cette initiative devient le Black History Month et acquiert une reconnaissance institutionnelle. Le mouvement s’étend progressivement à l’international, notamment au Canada depuis 1995, consacrant le mois de février comme un espace de transmission historique, d’éducation citoyenne et de valorisation des héritages africains et afrodescendants.
Au fondement de cette commémoration se trouvent des valeurs structurantes. La mémoire, d’abord, impose de reconnaître les blessures de l’esclavage, de la colonisation et de la ségrégation, tout en réhabilitant les figures et les savoirs occultés. La résilience, ensuite, témoigne de la capacité des peuples noirs à résister aux systèmes d’oppression et à transformer l’adversité en force historique, sociale et culturelle. Enfin, la dignité et l’égalité expriment une exigence juridique et morale : celle de la reconnaissance pleine et entière des droits humains, sans distinction ni hiérarchie raciale.
La portée du Mois de l’histoire des Noirs dépasse les frontières et interpelle l’ordre mondial. En Amérique, il oblige à confronter l’héritage de l’esclavage et ses prolongements contemporains. En Europe, il ouvre un débat nécessaire sur la mémoire coloniale et les inégalités structurelles. En Afrique, il réaffirme la richesse des civilisations et des savoirs précoloniaux. Dans les Caraïbes, il célèbre les luttes d’émancipation et la construction d’identités libres. Partout, ce mois agit comme un instrument pédagogique, politique et moral invitant les sociétés à repenser l’histoire de manière inclusive et équilibrée.
Dans cette histoire universelle, Haïti occupe une place fondatrice. En effet, la Révolution haïtienne (1791-1804) demeure la seule révolution d’esclaves ayant conduit à la naissance d’un État indépendant, faisant d’Haïti la première République noire libre du monde. Cet événement historique majeur a renversé l’ordre colonial et démontré, contre les doctrines raciales de l’époque, que les peuples noirs pouvaient conquérir leur liberté et se gouverner souverainement. Le Mois de l’histoire des Noirs rappelle ainsi une responsabilité contemporaine qui est de préserver la mémoire, défendre la justice, transmettre l’héritage et poursuivre, avec lucidité et détermination, la lutte universelle pour la dignité humaine.
