3 avril 1986 – 3 avril 2026 : 40 ans de lutte pour le mouvement féministe haïtien

3 avril 1986 – 3 avril 2026 : 40 ans de lutte pour le mouvement féministe haïtien

Dans le sillage de la chute de la dictature Duvaliériste, des voix, tantôt éteintes par le régime dictatorial, se sont levées pour continuer la lutte pour l’acquisition et la jouissance de leurs droits, en tant qu’humains, en tant que femmes. Quarante ans plus tard, le mouvement féministe haïtien demeure une force vive, résistante, ancrée dans la communauté, portée par une mémoire collective et une volonté accrue de transformation sociale.

De l’ombre des lois précaires, désuètes (elles le sont encore aujourd’hui) qui niaient jusqu’à leur existence citoyenne, sous la constitution de 1806 par exemple, les femmes étaient considérées au même titre que les mineures, comme des incapables, privées du droit de posséder, d’ester en justice, entre autres, de jouir de leurs droits civils et politiques – est née un mouvement révolutionnaire.

En 1934, la Ligue Féminine d’Action Sociale allume une braise qui plus tard transformera les revendications féministes en véritables acquis comme le droit de vote, ou celui de participer aux élections, vers les années 50. Si la dictature duvaliériste a tenté de détruire toute forme de mouvement populaire de revendication, la chute de ce régime a ravivé une flamme qui n’attendait que le moment propice pour renaître : des milliers de femmes ont investi les rues le 3 avril 1986, pas seulement pour célébrer une fin trop longtemps souhaitée, mais aussi  pour rappeler qu’une démocratie sans les femmes n’en est pas une. Cette marche symbolique, marque un tournant majeur dans l’histoire de cette lutte.

Fondatrices de la première organisation féministe haïtienne, la Ligue féminine d’action sociale. Haïti, 1934
Fondatrices de la première organisation féministe haïtienne, la Ligue féminine d’action sociale. Haïti, 1934

En 2005, le viol cesse d’être un simple fait d’opinion partagé pour devenir un crime reconnu, nommant enfin une violence trop longtemps acceptée dans la société. Aujourd’hui, la lutte se poursuit autour du droit de disposer de son corps, contre le cyberharcèlement, la protection des femmes dans les contextes de crise et d’insécurité, l’accès effectif à la santé reproductive… C’est une traversée de feu, de sang, de privation et de courage : celle d’un peuple de femmes et d’hommes qui, jour après jour, refuse d’être effacé et qui écrit, à même leurs luttes, leur pleine humanité.

Commémorer ces 40 ans, aujourd’hui c’est regarder en arrière, entre les lignes d’histoire pour reconnaitre et célébrer l’héritage de ceux qui ont ouvert la voie,  c’est aussi mais surtout renouveler notre propre responsabilité envers cette génération et celle à venir. Si malgré les résistances profondes, ancrées dans le patriarcat, malgré la dictature, les instabilités socio-politiques, les catastrophes naturelles et humaines, les femmes ont continué à écrire, marcher, revendiquer et construire, nous ne pouvons nous permettre de nous asseoir sur ces acquis sans penser à offrir à nos enfants l’effectivité de l’accès à la santé sexuelle et reproductive, justice et protection contre les violences basées sur le genre.


À lire aussi : Les voix féminines dans les sciences de la santé en Haïti : pour une meilleure inclusion des femmes dans le secteur sanitaire haïtien

Ces quatre décennies racontent une histoire de courage et de solidarité en faveur d’un bien commun: la vie, celle dans la dignité et le respect des droits fondamentaux. Le féminisme haïtien n’est pas une importation étrangère, il est né d’une nécessité de trouver des réponses aux injustices et inégalités structurelles qui minent notre tissu social comme peuple. Aujourd’hui plus que jamais, il nous incombe le devoir d’avancer, car chaque pas, aussi discret ou invisible soit-il  est une avancée, et toute avancée, même fragile, porte la force d’une victoire collective, partagée. Parce que l’égalité n’est pas une faveur mais un droit, parce que nos droits sont encore banalisés, continuons à écrire cette belle tranche d’histoire, pour nos filles, nos soeurs et pour le peuple entier. Continuons à occuper les rues, les tribunes et tribunaux, les médias et les écoles, pour briser le silence, revendiquer nos droits. Continuons à nous réinventer, et à tenir debout.

Digiqole Ad

Pouchenie Blanc

Related post

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *