© Robe : Saradia Beauduy / SARJE
Néhémie Bastien brille à la Berlinale 2026
Il y a des moments qui ressemblent à des rêves, jusqu’à ce qu’on réalise qu’ils sont bien réels. Pour Néhémie Bastien, la sélection du film “The Garden We Dreamed” à la Festival international du film de Berlin, la prestigieuse Berlinale, fait partie de ces instants suspendus.
« J’ai été profondément surprise et immensément heureuse », confie-t-elle. Elle n’avait rien vu venir. Le film, dont la sortie était initialement prévue en 2025, devait simplement marquer une étape professionnelle. Partie au Canada pour jouer dans le spectacle “Soirée du rire” de Madame Apollon le 26 décembre, avant de rentrer chez elle, elle n’imaginait pas un seul instant se retrouver quelques mois plus tard en Europe, foulant le sol d’un des plus grands festivals de cinéma au monde. « Ce fut la plus belle nouvelle de ce début d’année », dit-elle avec émotion.
Mais au-delà de la reconnaissance artistique, cette présence à Berlin a une portée symbolique forte. Pour Néhémie Bastien, il s’agit d’un message adressé au monde : Haïti ne se résume pas aux images de violence ou de chaos souvent relayées à l’international. « Il existe une jeunesse haïtienne qui travaille, qui crée, qui résiste et qui construit dans la positivité. Je suis fière de pouvoir incarner cette réalité ».
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Le rythme du festival fut intense : projections, interviews, dîners officiels, rencontres avec le public. Les journées s’enchaînaient sans répit. Pourtant, chaque témoignage reçu lui rappelait la puissance du moment. De nombreux spectateurs sont venus lui dire combien sa performance les avait touchés. « À plusieurs reprises, j’ai dû retenir mes larmes », avoue-t-elle. L’expérience avait des allures irréelles.
Un moment l’a particulièrement marquée : la séance de questions-réponses avec le public. L’échange fut chaleureux et sincère. Des membres de l’équipe ainsi que des spectateurs francophones sont venus la féliciter après la projection. Le stress ressenti avant de monter sur scène a laissé place à une immense fierté.
Dans “The Garden We Dreamed”, Néhémie incarne une femme confrontée au doute, à la colère et à la souffrance, mais profondément portée par l’amour de sa famille. Courageuse, résistante et déterminée, son personnage traverse les épreuves avec une force intérieure saisissante. « Ce rôle demandait une grande maîtrise émotionnelle », explique-t-elle. Passer du rire aux larmes, exprimer la vulnérabilité sans perdre la dignité : un exercice intense, parfois épuisant, mais profondément transformateur.
Le tournage lui-même n’a pas été simple. La barrière linguistique – l’équipe parlant principalement espagnol et anglais – a exigé une grande capacité d’adaptation. Mais cette expérience lui a permis d’apprendre davantage sur la technique cinématographique, le rapport à la caméra, la construction d’une scène. « Le cinéma est un univers fascinant. Il peut même faire tomber la pluie à l’écran, jouant le rôle de Dieu lui-même », nous confie-t-elle avec émerveillement.
Au cœur du film, un message essentiel : l’amour. « Le prouver dans les moments difficiles est fondamental », affirme-t-elle. Elle estime que chaque Haïtien peut se reconnaître dans cette histoire. « Chaque Haïtien est un combattant. La résistance fait partie de notre identité collective. Mais au-delà de la lutte, il y a un besoin profond d’amour ».
La réception du public international l’a profondément touchée. Les spectateurs ont salué la vérité et la sensibilité des personnages. Elle a même rencontré deux Haïtiens présents à Berlin qui l’ont remerciée pour ce film chargé d’authenticité.

Cette reconnaissance internationale s’inscrit dans un parcours déjà remarquable. Néhémie Bastien avait auparavant porté le film “Freda” au Festival de Cannes, et joué dans “Kidnapping Inc.”, présenté au Sundance Film Festival. Pour elle, il ne fait aucun doute que le cinéma haïtien progresse et gagne en visibilité sur la scène internationale.
Depuis longtemps, elle pressentait que de nouvelles portes s’ouvriraient à elle ; et les faits lui ont donné raison. Pourtant, elle ne privilégie aucun type de rôle en particulier. « Chaque personnage mérite d’être travaillé avec sérieux afin d’exister pleinement à l’écran ». Parallèlement au cinéma, elle prépare des projets théâtraux en Haïti et des concerts, son public musical lui manquant profondément.
Son ambition est claire : évoluer sur la scène internationale tout en restant ancrée en Haïti. Devenir une artiste accomplie dans toutes les disciplines qu’elle maîtrise – cinéma, musique, théâtre – fouler les tapis rouges des grands festivals, produire des albums à succès, mettre en scène de grands spectacles vivants.

Si cette expérience lui a appris quelque chose, c’est l’importance de continuer à se former, notamment en anglais, afin de mieux naviguer dans l’industrie internationale. Mais surtout, elle retient une leçon simple et puissante : « Lorsque l’on sème de bonnes graines, on ne peut pas récolter de mauvais fruits ».
Aux jeunes artistes haïtiens, son message est direct : travailler, étudier, se concentrer et prendre leur art au sérieux. Car derrière chaque succès international, il y a des années de discipline, de persévérance et de foi.
À Berlin, Néhémie Bastien n’a pas seulement représenté un film. Elle a porté, avec grâce et détermination, une part de l’âme haïtienne sur la scène mondiale.
Remerciement spécial de la part de Néhémie Bastien à : Olgine Jean, Joanne Joseph, Pascale Registre
Néhémie Bastien : une voix haïtienne au cœur de “The Garden We Dreamed”
