Forum sur l’Inclusion et l’Autonomisation des Femmes : quand la conscience féminine réclame sa place

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Forum sur l’Inclusion et l’Autonomisation des Femmes : quand la conscience féminine réclame sa place

Le week-end des 28 et 29 mars 2026 restera gravé comme un moment fort pour le leadership féminin en Haïti. La 2ème édition du Forum sur l’Inclusion et l’Autonomisation des Femmes ne s’est pas contentée de beaux discours. À travers des panels riches, ce fut un véritable diagnostic de la condition féminine et de l’économie nationale qui a été posé.

En effet, l’un des points les plus frappants soulevés durant ces deux jours concerne la réalité de notre économie. Comme l’ont souligné plusieurs intervenants, dont l’expert Rock André et Djeena Guillet Delatour, l’économie de ce pays repose sur les femmes. Le secteur informel représente 80 % de notre activité, et la majorité de ce moteur est constitué de “Ti Machann” et de “Madan Sara”. Pourtant, elles restent les plus vulnérables.

Le message passé aux femmes entrepreneures est clair : il faut sortir de l’ombre. Pour peser dans l’assiette fiscale et ne plus être “en bas de table”, il est urgent de formaliser nos entreprises, de prendre des patentes et d’enregistrer nos noms. “On ne peut pas avoir toute l’énergie du pays et ne pas pouvoir la convertir en monnaie”, a-t-on entendu. L’objectif n’est plus de se contenter d’un quota de 30 %, mais de viser la parité réelle, voire 51 %, car la maturité économique personnelle doit nourrir la maturité collective.

Corruption, impunité et barrières sociales

Le premier panel, animé par des figures comme Sterline Civil et Claudie Marsan, a abordé de front les obstacles systémiques. La lutte contre la corruption et l’impunité a été présentée comme un passage obligé. Les rapports de l’ULCC ne doivent plus dormir dans des tiroirs, ils doivent être exploités pour assainir le terrain où les femmes tentent de bâtir.

Sterline Civil a d’ailleurs dénoncé une réalité sombre : l’instrumentalisation de la misère. Trop souvent, le harcèlement devient la “porte d’entrée” imposée aux jeunes femmes pour obtenir un emploi, que ce soit dans le secteur public ou privé. Face à cette pauvreté qui réduit les choix, le Forum a appelé à une solidarité qui dépasse l’éducation pour devenir une véritable empathie active.

Décoloniser les mentalités et protéger sa spiritualité

Le débat a pris une tournure très humaine avec l’intervention de Valeska Maurice sur les stéréotypes familiaux. En Haïti, le regard de la société sur une femme de 40 ans sans enfant reste cruel. Le message envoyé est fort : une femme est entière à 200 %, avec ou sans maternité. “Il faut décoloniser sa tête”, a martelé l’intervenante, pour ne plus subir la pression sociale et ne pas attendre la validation des autres pour exister.

Sur le plan institutionnel, Ginette Mathurin a rappelé que si l’histoire de 1804 est souvent racontée au masculin, les femmes ont toujours été là, dans l’ombre des combats. Aujourd’hui, elles doivent intégrer les processus de décision, notamment dans la consolidation de la paix et le respect de la Constitution.

 

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De la survie à l’impact

Que ce soit à travers les conseils de Christine Coupet Jacques sur la modernisation des business ou les réflexions de Pascal Solage sur la nécessité d’avoir plusieurs sources de revenus, ce forum a prouvé une chose : la femme haïtienne ne veut plus seulement survivre entre deux nuits, elle veut impacter.

Le changement ne viendra pas d’en haut. “Personne ne nous donnera notre place, c’est à nous de la prendre et de la garder”, a-t-on conclu. Un impact positif ne se décrète pas, il se construit par l’authenticité et le refus de se laisser définir par les parents ou la société. Le rendez-vous est pris pour la suite, car le combat pour une Haïti inclusive ne fait que commencer.

Note de la rédaction : Cet événement a été rendu possible grâce au soutien de partenaires comme la BRH, Rezo Fanm Kapab Dayiti, et bien d’autres qui croient en ce mouvement de changement.


À lire aussi : FIEF : Plus de deux ans à faire entendre la voix des femmes haïtiennes

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Jemima R. Joseph

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