Violences faites aux femmes : le gouvernement annonce la ligne 8919 et le projet « Maison des Femmes »
Lors de son intervention aux « Mardis de la Nation », la ministre à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, Pédrica Saint-Jean, a présenté une série de mesures concrètes visant à renforcer la prise en charge des filles et des femmes victimes de violences sexuelles en Haïti. Au cœur de cette annonce figurent le lancement imminent de la ligne téléphonique 8919 et la mise en place du projet « Maison des Femmes », un dispositif d’hébergement et d’accompagnement destiné aux survivantes.
La ministre a annoncé le lancement prochain de la ligne téléphonique 8919, un numéro d’urgence destiné aux femmes victimes de violences, notamment de viols et d’agressions sexuelles. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de réponse rapide et coordonnée aux violences basées sur le genre.
Parallèlement, le ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, en collaboration avec le projet « Maison des Femmes », prévoit l’ouverture de maisons d’hébergement spécialisées. Ces structures accueilleront les filles et femmes victimes de violences sexuelles afin de leur offrir un cadre sécurisé et un accompagnement global sur une période pouvant aller jusqu’à 90 jours.
Selon Pédrica Saint-Jean, les « Maisons des Femmes » ne se limitent pas à un simple hébergement. Elles proposent un ensemble de services essentiels adaptés aux besoins des survivantes :
– Accueil sécurisé des femmes victimes de violences, avec la possibilité d’héberger également leurs enfants en bas âge ;
– Prise en charge médicale et appui psychosocial, éléments clés du processus de reconstruction après un traumatisme ;
– Service de crèche, permettant aux mères de confier leurs enfants à des professionnels pendant qu’elles reçoivent des soins et un accompagnement spécialisé.
La ministre a souligné l’importance de ce dernier service, rappelant que de nombreuses femmes, profondément traumatisées, ne sont pas toujours en mesure de s’occuper de leurs enfants durant leur période de guérison. La présence d’une crèche constitue ainsi un soutien fondamental, tant pour les mères que pour les enfants.
Une couverture encore limitée mais ciblée
Dans un premier temps, le projet prévoit l’ouverture de quatre maisons d’hébergement, réparties dans quatre départements du pays. Parmi les zones concernées figure la Grande-Anse, notamment la ville de Jérémie.
La ministre a attiré l’attention sur la situation particulièrement préoccupante de ce département, affirmant que Jérémie serait en tête en matière de viols et d’agressions sexuelles, avec un taux jugé alarmant selon elle. Ce constat justifie, selon elle, la priorité accordée à cette région dans le déploiement initial du projet.
Le fonctionnement des « Maisons des Femmes » repose sur une collaboration étroite avec la ligne téléphonique 8919 et le Bureau de lutte contre la violence faite aux femmes. Ce dispositif rassemble plusieurs institutions clés de l’État, notamment : la Police nationale d’Haïti (PNH), le ministère de la Justice, le ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, et le ministère de la Santé publique et de la Population.
Cette approche coordonnée vise à assurer une réponse efficace, allant de l’alerte initiale à la prise en charge médicale, psychosociale et judiciaire des victimes.
Espoir de justice pour Neïssa Tima : un signal fort attendu
L’annonce de ces mesures intervient dans un contexte où l’opinion publique haïtienne est profondément marquée par des cas tragiques de violence sexuelle. Parmi eux, la mort de Neïssa Tima, une étudiante de 19 ans retrouvée sans vie dans des circonstances jugées particulièrement troublantes, a suscité une vive émotion dans le pays. La famille de la jeune femme affirme qu’il y a des soupçons d’agression sexuelle et réclame une enquête indépendante pour faire la lumière sur sa disparition et obtenir justice.
Face à ce drame, beaucoup espèrent que le gouvernement, à travers le MCFDF et le nouveau dispositif de soutien aux victimes, contribuera à renforcer l’accès à la justice pour les familles touchées par des violences sexuelles, à l’instar de celle de Neïssa Tima. Ce cas met en lumière l’urgence d’une réponse institutionnelle forte pour que la protection des femmes et des jeunes filles ne reste pas uniquement un principe, mais devienne une réalité effective.
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La ministre Pédrica Saint-Jean a précisé que le lancement officiel de la ligne 8919 est actuellement en phase de finalisation. Les dernières touches techniques et organisationnelles sont en cours, afin de garantir un service fonctionnel et accessible dès sa mise en service.
À travers ces annonces, le gouvernement entend renforcer la protection des femmes et des filles, tout en envoyant un signal fort contre l’impunité et les violences sexuelles. Le succès de ces initiatives dépendra toutefois de leur mise en œuvre effective et de leur extension progressive à l’ensemble du territoire national.
