© Illustration : Tom de Pékin
Et si les hommes aussi voulaient se sentir désirables ?
La lingerie, initialement pensée pour plaire aux hommes, devient de nos jours un terrain d’affirmation de soi pour certains voulant ressentir le regard et le désir, sans tabou ni remise en question de leur sexualité.
Pendant des décennies, la lingerie a été considérée comme un outil de séduction destiné exclusivement aux femmes, pensée pour séduire le regard masculin. Aujourd’hui, cette idée est en train d’évoluer. De plus en plus d’hommes s’intéressent à la lingerie, non pas pour séduire, mais pour se sentir beaux, désirables et valorisés.
Pour ceux-ci, enfiler un ensemble délicat ou un vêtement en dentelle n’est pas un geste de provocation : c’est un moyen d’affirmer leur estime de soi et de renouer avec le plaisir d’être regardé, pas seulement celui d’admirer. Luc, ingénieur de 42 ans, a commencé à porter de la lingerie plus élégante parce qu’il aime voir sa partenaire en jolie lingerie, et il trouvait normal que le plaisir esthétique soit réciproque. Il voulait quelque chose de sensuel sans être caricatural, différent du simple boxer en coton qu’il portait avant. De son côté, Nicolas, kinésithérapeute à Nantes, lui aussi portait des sous-vêtements simples, mais a voulu essayer des modèles plus soignés pour se sentir mieux lors de rendez-vous de séduction. Il raconte même une anecdote où une vendeuse s’est moquée de lui parce qu’il prenait plusieurs modèles. (Exemples : Le Monde)
Cette pratique questionne les stéréotypes traditionnels autour de la masculinité. L’homme n’est plus seulement le spectateur sobre de la beauté féminine, il devient un sujet désirable à part entière. La lingerie, dans ce contexte, dépasse le simple cadre esthétique pour devenir un symbole de confiance en soi et d’affirmation identitaire.
Au-delà du vêtement, c’est tout un rapport au corps et au regard qui se transforme. « Porter de la lingerie m’a permis de me sentir vivant dans mon corps et d’accepter que le désir peut aussi se tourner vers moi », raconte un autre participant. Cette démarche ne remet pas en question l’orientation sexuelle : elle se situe plutôt dans un espace de plaisir et de reconnaissance mutuelle, où l’image et la valorisation personnelle sont partagées.
Si la société commence à accepter que le désir et la séduction ne soient pas uniquement féminins, c’est aussi parce que le regard sur la masculinité évolue. Les hommes osent désormais explorer leur rapport à la beauté et au plaisir, loin des carcans du « Gee Gason », « toujours viril » ou du « toujours réservé ».
En Haïti, un sondage anonyme mené auprès de 20 personnes, dont 11 femmes et 9 hommes, révèle des perceptions contrastées mais révélatrices de cette évolution. Selon les résultats, 12 répondants sur 20 estiment que la lingerie n’est pas exclusivement destinée aux femmes ou se disent indécis, tandis que 14 sur 20 reconnaissent que les hommes peuvent eux aussi vouloir être regardés et désirés. Si 9 personnes se disent à l’aise ou indifférentes à l’idée qu’un homme porte de la lingerie pour se sentir désirable, 7 expriment un malaise, souvent lié aux normes sociales. Enfin, 11 répondants considèrent que cette pratique pourrait avoir un impact positif ou “plutôt positif” sur l’estime de soi masculine, même si le sujet reste encore largement tabou dans les discussions publiques et privées.
La lingerie, longtemps considérée comme un territoire féminin, se réinvente aujourd’hui comme un outil d’affirmation pour certains hommes. Être regardé, se sentir désiré et valorisé n’est plus l’apanage des femmes : c’est une expérience humaine, réciproque, qui invite à repenser les codes du désir et de la masculinité.
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