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Immortel Gary Victor

Gary-Victor---Getty-Images-Ulf-Andersen

Si le goût de la lecture s’effrite considérablement et que les mots sont longtemps bannis de leur piédestal chez la jeunesse, il n’en reste pas moins que la plume d’un des monstres sacrés de notre univers littéraire percute encore avec son style mordant.

Il demeure indéniable que Gary a bercé l’enfance de bon nombre d’entre nous. Qui ne se souvient pas avoir dévoré l’un de ses romans sous son pupitre sachant pertinemment que les sanctions suivraient si l’on se faisait prendre ou même au clair de lune sous une bougie allumée quand l’électricité nous faisait défaut ? On ne pouvait décidément pas se défaire de la magie de ses intrigues les unes plus croustillantes que les autres.

Romans, nouvelles, scénarios de toutes sortes, la fiction semble n’avoir aucun secret pour le sexagénaire que nous n’exagérons pas de nommer “écrivain le plus prolifique de sa génération”. Avec plus d’une trentaine de romans et de nouvelles et plusieurs prix dont le prix du livre insulaire pour « l’angle des rues parallèles », le prix Caraïbe de l’Adelf pour « Les cloches de la Brésilienne » et le prix RFO pour « Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin », pour ne citer que ceux-là, Gary est incontestablement un talent sans égal.

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Ce qui attire chez lui, c’est sa capacité à mettre en avant nos mœurs révolus, nos vices et la stupidité qui marque nos actions dans un univers de fiction dont lui seul a le secret. Il peut bien te décrire avec sa plume et tout au long de l’histoire, oui tu te reconnaîtras mais tu ne pourras pas l’accuser, d’ailleurs il ne nomme personne. Personne ne s’appelle Le Blan, Albert Buron, le fou, Sonson Pipirit ou Dieuswalwe Azémar mais chacun connaît quelqu’un qui leur ressemble. Et c’est exactement ce qui retient notre attention, cette largesse qu’il laisse au lecteur de deviner qui se cache derrière tel ou tel personnage.

Et même quand il nous plonge dans des mondes irréels peuplés de dieux, de zombis et d’autres personnages fantastiques on s’y reconnaît. Comme si ces artifices n’étaient que pour la façade mais le but reste le même, mettre en avant nos mœurs et pourquoi pas les corriger ?

Son ingrédient principal n’est autre que l’humour. Il en saupoudre chaque parcelle de ses textes. Provoquer le rire chez nous ! Est-ce pour rendre notre réalité pourtant abjecte plus supportable en nous la présentant ou n’est-ce qu’une perpétuation de la philosophie Moliéresque nous invitant à corriger les mœurs en riant ? Quoiqu’il en soit, son œuvre plaît et cette dose de bonne humeur qu’il nous y apporte ne fait qu’augmenter notre soif de savourer ses paragraphes.

PHOTO : EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE
PHOTO : EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE

Les œuvres de Gary sont aussi une source intarissable de connaissances sur nos coutumes et nos mœurs mais aussi sur le monde vaudouesque. Sonson pipirit voulant confirmer l’infidélité d’Elyaniz avec un giraumon, les dessous de nos bandes la nuit, nos peristils, les loas, notre foi branlante, assez d’exemples assez évocateurs.

L’univers de Gary Victor lui est propre et pouvoir y rentrer est une pure extase intellectuelle où la satire, l’humour et les dénonciations acérées se mêlent dans une parfaite cohésion justement conçue pour nous plaire. Mais pardonnez l’intrusion personnelle de l’auteur de ce texte mais il reste une question qui lui brûle les lèvres en parcourant ces œuvres à laquelle elle espère que Gary pourra répondre un jour. Où lui est venue l’inspiration pour les personnages Vertilus ? Au cas où vous ne vous en souviendriez pas, en voici quelques allusions.

– Vertilus, c’est quoi ce nom ?

– Vertilus, le plus gros kaka kleren de Ouanaminthe.

Et si vous peinez à savoir le but de ce questionnement. Petit indice ? Jetez un coup d’œil rapide à la signature de la rédactrice. N’hésitez pas à plonger dans le monde tout en humour de Gary et… faites passer le message si possible.

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